De l'homéopathie à la dentisterie.
Le premier effet de l'homéopathie sur le thérapeute lui-même
est de provoquer une ouverture, un élargissement de son champ de vision.
Il est petit à petit amené à poser sur le malade et sa
pathologie un regard englobant et non plus sélectif. Il n'est pas possible
de se donner à l'homéopathie et de la laisser grandir en soi,
en gardant une approche morcellaire de la manifestation pathologique. Les remèdes
homéopathique, qui sont regroupés dans la Matière médicale,
nous montrent avec éloquence l'omnipotence de leur action curative. Et
s'il en existe certains dont la sphère d'action est très limitée
d'un point de vue spatial, sur le corps humain, la majorité possède
des indications à tous les étages et sur tous les niveaux de l'être
humain.
Les dents et la cavité buccale sont également les lieux de manifestation
de la majorité de ces remèdes. Sous la forme de signes objectifs
telle que la douleur, ou sous la forme de signes subjectifs tels que des sensations
bizarres ou étranges, (dents qui démangent,
), ils ont tous
des signes particuliers et des modalités différentes. Ainsi, l'accueil
d'un malade qui se plaint d'avoir mal à une dent, ne se limitera plus
à la rédaction d'une ordonnance type, mais à un accueil
vivant, intéressé, au mieux compatissant de cette douleur. "
Depuis quand ? Suite à quoi ? Quelle action a le froid ou le chaud sur
votre douleur ? " sont autant de questions qui mènent à l'individualisation
du remède.
Cette attention particulière, l'intérêt appuyé que
porte alors le dentiste à la douleur de son patient apporte comme par
magie une légère sédation de la douleur, une mise en confiance
et surtout, le sentiment intense d'être entendu, écouté,
bref accueilli. Car l'homéopathie est une merveilleuse médecine
relationnelle, renouant entre les individus, au travers de la recherche et du
don de l'aide, des fils au parfum d'humanité.
Soigner ainsi les pathologies dentaires amène alors comme par magie à
cette évidence bienfaisante que les dents font partie de la totalité
de l'être humain et qu'elles ne peuvent plus être considérées
comme des choses gênantes ou dérangeantes. Elles sont nourries
du même sang qui coule en nos artères, celui qui irrigue de vie
notre organisme entier. Pourquoi donc les traiter avec tant d'indifférence
voir de mépris ?
Puis, lorsque l'on perçoit que l'histoire dentaire s'inscrit dans une
évolution morbide ou pathologique d'ordre général, on ne
peut plus ignorer que les dents, au travers de leurs caries, viennent révéler
des aspects secrets, obscurs de la souffrance et des aspirations de l'individu.
Combien de fois n'ai-je observé des " explosions " d'atteintes
carieuses chez les jeunes qui vont du primaire au collège, du collège
au lycée ou du lycée à la vie professionnelle ? Modifications
alimentaires ? Si l'on veut se tranquilliser, si l'on veut rester aveugle et
sourd aux manifestations du corps humain, alors on peut se satisfaire de cette
hypothèse. Mais si l'on a goûté à l'esprit homéopathique,
si l'on a senti l'ampleur de son message thérapeutique, alors on ne peut
plus ignorer qu'une carie a quelque chose à raconter, qu'elle vient hurler
au-dehors la rage dedans.
J'ai abandonné depuis longtemps cette hypothèse de la responsabilité
extérieure à nos troubles intérieurs. Combien de temps
encore allons-nous jeter la pierre aux autres quand quelque chose se passe mal
pour nous ? Combien de temps devrons-nous encore jouer aux enfants qui montrent
du doigt un élément extérieur en criant " c'est lui,
c'est pas ma faute ! " Et pourtant, si l'on arrivait à accepter
que la carie ne fait que révéler au grand jour ces crimes contre
nous-mêmes que nous perpétrons avec inconscience dans le secret
de notre intériorité. Combien de mensonges nous faisons-nous chaque
jour en arborant de grands sourires alors que notre cur pleure de tristesse
? Combien de fois avons-nous dit non alors que notre ventre criait oui ? Et
combien de fois n'avons-nous pas prêté attention à cette
petite voix du cur qui voulait parler et que l'on a tue ?
Voilà toute la magie de l'esprit homéopathique : il ouvre nos
yeux et notre cur sur la beauté, mais aussi sur l'intransigeance
de la vie qui demande le respect : respect d'elle-même, respect de soi,
respect de sa vérité.