Reflets du corps
Pendant de longues années, la faculté enseigne l'anatomie, la
physiologie, la biochimie, l'embryologie et une foule d'autres matières
scolastiques, qui, si elles peuvent être perçues comme autant de
divisions de l'être humain, ne sont pas moins porteuses de cet esprit
d'union et d'ensemble. Nul ne peut, (mais peut-être n'est-ce là
que mon propre souhait !), éviter ce moment d'émerveillement face
à autant de complexité réunie en un ensemble aussi parfaitement
homogène, équilibré et relationnel. Il semble que seul
notre esprit, mû par une soif de savoir qui s'accroît en buvant
cet enseignement, tente de nous emmener loin dans la division des parties, à
la recherche d'on ne sait quel secret ou quelle gloire.
Il n'en reste pas moins certain, qu'à un moment donné, inévitablement
le jour où il nous faut faire face au patient malade, souffrant, les
questions viennent troubler ces fortes certitudes engramées en nous par
la douce facilité du gavage intellectuel. Je n'ai ainsi pu résister
à cette remise en question des occurrences imposées, parce que
imposantes, par l'assurance de mes professeurs tout au long de mes études.
Car un jour, au travers d'un cas particulier, la vie vient nous faire un petit
signe depuis cet espace oublié par notre mental, celui qui porte le nom
d'individualité spécifique, illuminé d'imprévu et
de surprise.
Que ce soit une dent qui résiste obstinément à un traitement
qui jusque là semblait souverain, que ce soit un patient qui ne peut
s'adapter à un soin ou une prothèse pourtant réalisée
dans les règles de l'art, il arrive un jour où la vie nous pousse
à voir plus loin, ou simplement sous un autre angle cette expression
d'elle que l'on pensait avec prétention comme ultime et unique vérité,
et que l'on tentait de prétendre circonscrite, connue.
Nous avons vu les liens mécaniques qui gèrent la relation entre
l'espace dentaire et le reste de la structure physique (" dents et croissance
", " repères d'évolution "), nous connaissons les
liens sanguins et nerveux qui assurent la communication fluide entre les dents
et les autres organes, mais nous ignorons la suite. Cette suite n'est pas de
type à nous obliger à oublier l'étape précédente,
mais bien complémentaire. Elle n'est pas contradictoire avec les acquis
de la science moderne, elle en complète simplement le tableau que nous
dresse cette dernière de cette merveilleuse entité vivante et
incarnée qu'est l'être humain.
Il est amusant de se rendre compte de notre prétention, celle qui veut
nous faire croire que nous découvrons les choses, dans le sens où
nous serions capables de les inventer. Il est également intéressant
d'un point de vue culture de l'humilité, de s'apercevoir que ce chemin
qui se dessine, n'est pas un chemin nouveau. Car en fait, et j'aime à
adopter cette attitude, tout a déjà été dit. Depuis
que la vie existe sur terre, depuis que l'homme y a reçu sa place, la
vie est " la vie ". Je veux dire par là qu'elle n'a pas attendu
que nous la comprenions, analysions, disséquions, pour se révéler
et se manifester opérante et équilibrée. Et alors que certains
hommes s'enfoncent profondément au sein de la matière, grâce
à des prouesses mécaniques et techniques prodigieuses, nous en
révélant chaque jour une nouvelle portion jusque là inconnue
et mystérieuse, d'autres croient devoir partir à la conquête
des mondes subtils.
Rendons-nous bien compte que nous avons mis des millénaires à
faire le chemin de la subtilité la plus totale, celle portée par
la notion et la teneur même du Mystère qui nous a mis sur Terre,
à la compréhension de la matière, dans sa construction,
sa constitution et sa teneur intime. Et ce trajet, ce merveilleux voyage réalisé
par l'homme s'est écrit depuis toujours. Toutes les étapes sont
notées et répertoriées dans notre mémoire de civilisation
et dans celle des autres. Mais parce que les langages changent, parce que surtout
certaines dialectiques nous heurtent, nous pensons que le passé est erreur
et que tout est à refaire. Pire encore, nous voulons nous croire ignorants
et en même temps, tout puissants. Quel étrange paradoxe
Il existe cependant une merveilleuse approche du vivant, ne nécessitant
aucune séparation entre ce que l'on croit savoir et ce que l'on peut
être amené à observer. Certes, il est nécessaire
de s'autoriser à l'ouverture, d'accepter de se laisser surprendre, d'autoriser
la vie à nous bousculer, à nous ébranler, quand nos certitudes
semblent être des freins à ce qui se révèle avec
force et sagesse. Il n'y a que notre petit ego qui nous fait croire que nous
perdons quelque chose, que nous sommes vaincus, alors même que la vie
tente de nous enseigner sa teneur.
Les notions de compartimentalité, de division, de scission, sont les
seules explications à notre incapacité de synthèse, les
seuls obstacles à l'ouverture de notre conscience, comme si notre orgueil
nous empêchait d'accepter que malgré l'illusion de notre savoir,
nous ne savons toujours rien, et que cela est intolérable pour nous,
donc impossible pour la vie elle-même. Elle doit correspondre à
nos schémas, à l'image que l'on tente d'en dessiner, à
la logique à laquelle on tente de la plier, de la contraindre. Et pourtant,
quelle richesse se cache derrière nos ternes apparences de connaissance
!
Les premiers liens rencontrés s'expriment directement dans la cavité
buccale. Ils déterminent des liaisons interdentaires basées sur
des couples entre dent-source et dent-cible. Une dent, dite dents source, va
alimenter un circuit à l'aide d'un signal pathologique de type irritatif,
sans aucun signe exprimé par elle-même, aucune douleur, lequel
circuit aboutit à une dent distante, appelée dent cible, qui va
émettre le signal sous forme douloureuse, dite algique. (C'est le Dr
Roths, de l'association Résonance, (Drulingen, France) qui dispense l'enseignement
de cet aspect relationnel.) Ces découvertes ont fait l'objet d'une thèse
de troisième cycle à la Faculté de Marseille, par le Dr
Orsatelli, thèse motivée par le taux d'échecs rencontrés
après la conduite de traitements classiques. En effet, environ vingt
pour cent des dents douloureuses ne répondaient pas favorablement aux
traitements mis en place selon les données de la science. Le Dr Orsatelli
a donc étudié les phénomènes algiques développés
et manifesté par des dents, alors que la cause de cette douleur se situait
sur une autre dent. Le Dr Roths a continué les travaux du Dr Orsatelli,
afin d'accroître les données statistiques sur les différents
couples privilégiés qui se révélaient.
Le second type de liens mis en évidence par ce travail est d'ordre dent-organes.
Une dent, non algique, (non douloureuse), pourtant site d'un foyer inflammatoire,
appelé épine irritative, est capable de faire apparaître
par projection, une zone douloureuse éloignée en un autre lieu
de l'organisme que la cavité buccale. Là aussi, un tableau de
liens statistiquement significatifs a été dressé, permettant,
face à une douleur physique quelconque, ne présentant pas de causes
locales, ou présentant une résistance face à une thérapie
ayant fait ses preuves, de rechercher une dent non douloureuse qui serait la
source de cette manifestation éloignée.
Un protocole exploratoire très précis permet d'établir
un diagnostic positif très sûr, évitant les peut-être
et les à peu près. Ces liens, tout au long de mes années
d'exercice, se sont manifestés avec force et m'ont conduit à la
certitude de l'occurrence de cette possible projection, transformant mon acte
jusque là local, en un acte participatif à l'équilibre
global de la santé. D'une prémolaire liée à un genou
douloureux, jusqu'à une molaire responsable de migraines chroniques,
en passant par une incisive supérieure mal soignée responsable
d'abcès sur une plaie pourtant ancienne d'extraction de dent de sagesse
du bas, c'est un ensemble de liens avérés que m'ont révélé
mes patients au travers de leur propre expérience, de leur vécu,
et qui m'a poussé à rechercher l'essentiel du message que la vie
tentait de me transmettre.
Que ce soit en tant qu'entité individualisée sous l'aspect d'une
dent, que ce soit en tant que système dynamique voué à
l'équilibre de stature et de structure, que ce soit sous l'aspect relationnel
de ces deux niveaux vers le reste de l'organisme, dents, maxillaires et cavité
buccale ont révélé leur place et leur fonction dans le
grand système relationnel que l'on nomme santé. Si l'étendu
de cette relation, de ces liens tissés entre dents et organisme physique
sont maintenant limpides, il n'en reste pas moins d'autres niveaux relationnels
à découvrir, ainsi que le laisse supposé l'étude
de cet aspect justement relationnel de la cavité buccal, que ce soit
sous la lorgnette de l'homéopathie, celle de l'acupuncture ou dans le
chapitre de " la dent relationnelle ".