Dents et croissance
L'importance de l'équilibre de la rencontre des dents du maxillaire supérieur
avec celles du maxillaire inférieur, se fait jour de plus en plus. Sous
la poussée des ostéopathes d'un côté et des occlusodontistes
de l'autre, il apparaît évident qu'une occlusion harmonieuse est
un atout pour la pérennité des organes dentaires certes, mais
aussi pour le maintien de l'équilibre général.
Le maxillaire inférieur, rattaché au crâne par un hamac
musculaire, articulé à ses deux os temporaux par deux condyles,
un droit et un gauche, doit pouvoir rencontrer le maxillaire supérieur
par l'intermédiaire des dents, sans asymétrie ni de tension, ni
de longueur entre son articulation droite et gauche. Ce faisant, lorsque les
deux articulations travaillent en synergie isométrique et isotonique,
on obtient une dynamique d'occlusion équilibrée, dépourvue
de stress et garante d'une transmission de tensions musculaires identiques à
droite et à gauche, à l'ensemble de la musculature de la stature.
Par l'intermédiaire de leurs enveloppes, appelées aponévroses,
les muscles de la stature sont tous reliés entre eux, depuis les orteils
jusqu'aux muscles masticatoires.
Les tensions des muscles droits et gauches sont identiques, et cet équilibre
va pouvoir se transmettre à l'ensemble des muscles de la stature. Les
chaînes musculaires latéro-vertébrales seront équilibrées
en tension et en longueur : l'être est vertical.
Il existe un mouvement, de faible amplitude, de l'ordre de trois millimètres,
à partir du contact intermaxillaire, que l'on peut retrouver en plaçant,
sans forcer, le maxillaire en arrière et vers le haut, mouvement purement
rotatif, dont l'axe de rotation passe par les deux articulations temporo-mandibulaires.
La position des condyles mandibulaires est appelée "relation centrée"
et l'occlusion obtenue dans l'aboutissement de ce mouvement, occlusion en relation
centrée, ORC. L'idéal étant que chacun, lorsqu'il ferme
la bouche, arrive à un contact interdentaire le plus proche de cette
ORC. Mais, autant les malpositions dentaires constitutionnelles que les extractions
non suivies par un remplacement, ainsi que des actes prothétiques non
harmonisés à cette dynamique, tout cela éloigne l'individu
de cette position et engendre des stress occlusaux avec leur corolaire de désordres
de santé globale.
La première molaire, qui fait irruption en bouche à l'âge
de six ans, va déterminer les premièrs points de rencontre définitifs
entre la mandibule et le maxilaire. La deuxième molaire, qui fait éruption
à l'âge de douze ans, normalement, vient renforcer l'assise de
la rencontre entre maxillaire supérieur et inférieur. Lorsque
le pic de croissance pubertaire intervient, la colonne vertébral va être
informée dans sa direction et sa verticalité par des informations
descendantes, issues de cette occlusion établie. Vous pouvez comprendre
l'importance de la disposition dentaire et dès à présent
comprendre l'importance d'une surveillance avant que tout ne soit verrouillé.
Toute asymétrie fonctionnelle au niveau des articulations temporo-mandibulaires
va se traduire par une anomalie de croissance du squelette. Mais, toute extraction
dentaire unilatérale, non remplacée, va entraîner le déséquilibre
de cette unité fonctionnelle qui pouvait jusque là être
parfaitement équilibrée. Combien de fois ne voyons-nous une molaire
absente et celle qui suit s'être couchée en avant ? (
image 1)
Nombre de traitements ostéopathiques, au demeurant correctement menés,
se soldent par des récidives, simplement parce que les informations dynamiques
en provenance du système manducateur sont dysharmonieuses, déséquilibrées
et déséquilibrantes. Aussi nombreux que ces maux de dos soulagés
par de simples cales de hauteur posées sur les dents du bas et réglées
pour replacer l'articulation dans cette fameuse position de relation centrée.
On ne peut plus, de nos jours, devant cette somme de connaissances, d'expériences
vécues, de cultures différentes mais complémentaires, s'obstiner
à vouloir soigner une partie de l'individu sans prendre en compte sa
globalité. Toute médecine morcellaire va à l'encontre de
la vie qui se veut unifiante. Toute thérapie à visée sélective
bafoue la destiné imposée par la vie qui se veut relation. Et
s'il fut un temps nécessaire de disséquer l'individu en parties
distinctes, si cette division en a permis l'étude et la compréhension
des parties, il est nécessaire de réaliser ou de laisser se faire
la synthèse des données recueillies par ce magnifique et impérieux
voyage. La vie quand elle s'exprime librement, nous montre le chemin de la communion,
de la relation unifiante et non de la séparation, encore moins de la
scission.
Ainsi, la véritable dentisterie holistique ou énergétique,
ne trouve pas son identité dans les techniques qu'elle met en uvre,
mais bel et bien dans la conscience du thérapeute. Seule une conscience
élargie, capable d'englober dans sa perception outre l'histoire médicale,
l'histoire profonde de l'être, même silencieuse, saura transformer
son acte thérapeutique en service à la vie. La technique utilisée
n'intervient qu'en tant que véhicule d'une information thérapeutique
qui n'émane pas de la technique elle-même.
La pratique des soins dentaires, à la lumière de ces acquis, va
bien au-delà de l'aspect sain de l'organe dentaire individualisé.
Il nous faut obturer ou reconstruire en tenant compte des relations de l'organe
avec son voisinage immédiat et avec ses antagonistes, ces dents qui viennent
à sa rencontre lorsque l'individu déglutit, mange ou parle. Il
est également important de veiller aux rapports intermaxillaires dans
les besoins physiques intenses, où la recherche d'une efficience musculaire
maximale se fait par un contact en force des deux arcades dentaires. Tout déséquilibre
lors de cette rencontre amènera une diminution de la force musculaire
maximale, ainsi qu'une torsion ou un glissement sur les éléments
de la colonne vertébrale. Depuis de nombreuses années, les protège-dents
des footballeurs américains sont moulés de sorte à équilibrer
les contact des arcades dentaires, connaissant le gain de force musculaire que
cela permet.
Exercice d'auto-évaluation.
Ce test, qui n'a aucune valeur diagnostic, permet de voir se manifester clairement
ce dont je viens de vous parler. C'est le test dit de Fukuda.
Mettez vous dans une pièce calme, face à un mur, sans repères
sonores ni lumineux, et repérez le point où vous vous tenez debout.
Fermez les yeux, tendez les bras devant vous et marchez sur place, en levant
bien les genoux, cinquante fois, soit vingt-cinq fois chaque genou.
Après quoi, ouvrez les yeux sans bouger et observez votre déplacement
par rapport à votre point de départ. Vous aurez tourné
sur vous-même et vous serez déplacé soit en avant, soit
en arrière, et à gauche ou à droite.
Faites cet exercice bouche entrouverte, sans contacts dentaires, et bouche fermée,
dents en contact.
Puis refaites l'exercice en plaçant entre les dents d'un seul côté,
soit à gauche, soit à droite, un bout de scotch plié trois
fois, ou un morceau de plastique pas plus épais que ce scotch plié
trois fois. Et observez les différences.
Vous pouvez ainsi vous rendre compte qu'une infime épaisseur en plus,
d'un seul côté par rapport à l'autre, modifie complètement
votre activité musculaire dans ce qu'elle témoigne de symétrique.
C'est comme si votre centre de gravité se déplaçait selon
vos contacts dentaires. Et si le bout de scotch a pu faire en sorte que vous
n'ayez quasiment pas bougé, juste légèrement tourné
du côté de votre main maître, alors c'est qu'il faut penser
à corriger votre occlusion.